h LSDreams - 40: L'éclaireur du passé

   
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  40: L'éclaireur du passé
 



Un soir, en mon esprit, surgit d’une mémoire antérieure à la mienne, un souvenir caché quelque part en mon âme par un Gardien puissant.
Je devins tout à coup comme un de mes ancêtres, car ce noble soldat d’une armée du passé, venu de l’Orient, avait gardé inscrit dans sa propre mémoire ce souvenir vivant, légué à mon esprit.
Je me tenais debout au bord d’une clairière entourée de forêts ;le soleil, presqu’en face, m’éblouissait un peu et, là-bas, assez loin, à l’autre orée des bois, je vis des chevaliers vêtus d’armures noires, hérissant l’horizon éclatant de lumière du feu de mille lances et de casques pointus. Ils étaient à cheval sur des montures sombres, immobiles, silencieux, semblant se recueillir dans cet air éclairé tout chargé de poussière et aussi de fumée. J’en conclus que c’était une sorte de trêve ou un conciliabule avant de se lancer les uns contre les autres. Entourés de silence ils parlaient à voix basse et tous se concertaient avant de se combattre. Ils étaient indécis et tous, en leur conscience, repoussaient à plus tard l’assaut inévitable.
Ils jetaient calmement des regards scrutateurs vers leurs protagonistes harnachés de blanc. Levant les yeux vers moi, attendant mon retour, ils préparaient les armes avant l’affrontement.
Oui, ils semblaient m’attendre : j’étais un éclaireur près des lignes adverses, caché à leur arrière, juste à l’orée d’un bois. Je me dissimulais derrière quelques arbres lorsque soudainement  apparut sur le sol, un long trait de lumière, comme une frontière. Je voulus le franchir mais aussitôt  je vis quelqu’un marcher vers moi et j’avançai d’un pas pour mieux regarder et voir qui m’approchait. Ce faisant, mon pied droit accrocha le rai clair et au bruit que je fis j’entendis une voix. Ils étaient deux soldats lançant des regards durs, avec l’arc à la main et la flèche en suspens et, voulant reculer, je fis bruire la branche d’un arbre qui gênait.
Le premier des soldats sitôt banda son trait et fouilla l’alentour avec des yeux hagards et, comme s’il semblait enfin m’apercevoir, il visa près de moi : je retirai le pied que j’avais avancé, la ligne disparut et l’archer, étonné, parut ne plus me voir.
J’avais tout à coup disparu devant lui ; hébété et doutant de soi-même, il parla par-dessus son épaule au soldat qui suivait. Tous deux semblèrent croire qu’ils s’alarmaient pour rien.   
Ayant vu les arrières, je me retirai donc en étouffant mes pas, afin de rapporter à celui qui attend ce qu’il voulait savoir et en ce même instant je vis ce que j’étais : un homme du passé qui revivait en moi et qui était venu évaluer le nombre de la part ennemie qui se cachait dans l’ombre.
Mais en me déplaçant le long de la forêt je tombai en arrêt devant un vieux mourant. Il était soutenu par ses fils à genoux, les épaules tenues par l’ainé des enfants et les jambes serrées dans les bras du plus jeune.
Le vieillard qui avait l’air d’être un patriarche, la longue chevelure et la barbe très blanches, tendait vers les soldats un doigt réprobateur.
De sa voix moribonde, rauque de grondements, il parlait à ses fils en désignait l’armée et semblait s’adresser aux uns comme il faisait aux autres :
-- Fils que j’ai élevés et nourris et choyés, voyez-les se combattre avec acharnement et ils sont tous pareils…Chevaliers d’Orient, chevaliers d’Occident, vous êtes tous les mêmes, chevaliers du destin, chevaliers du déclin, chevaliers de partout, de toute religion, les uns comme les autres, sur vos nobles montures, sous vos froides armures, vous êtes tous pareils.
Enfin, il s’affaissa et mourut calmement.  
 
 
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