h LSDreams - 28: Ruptures, suite.

   
  LSDreams
  28: Ruptures, suite.
 



Ruptures,
suite et fin


J’étais devenu confiant, presque candide et j’avais des idées fixes.
Toujours dans les vapeurs d’une quelconque drogue, au gré de mes tribulations à travers la ville, je ne voyais aucun mal à aimer l’une ou l’autre de mes amies. Mais au fond de moi-même, j’étais content qu’elles ne se connaissaient pas toutes et ne savaient rien l’une de l’autre. Plus exactement, J. et T. se connaissaient bien, mais ne connaissaient ni M. ni G. et réciproquement, c’est-à-dire que G. et M. se connaissaient bien, mais ne connaissaient ni J. ni T.
Elles n’habitaient pas loin les unes des autres, suffisamment pour qu’aucune d’elles ne sache où j’allais en me voyant partir. Mais, je ne faisais rien en catimini. Il faut savoir que je ne pouvais pas être casanier et J. l’était. J’éprouvais toujours l’envie d’aller quelque part, ne serait-ce que pour fumer avec des amis. Mais mes flâneries et sans doute le caprice aussi ou bien encore l’envie de changer de décor, me conduisaient fatalement vers l’une ou vers l’autre de ces quatre petites amies. A elles s’ajoutait encore I., que je rencontrais le plus souvent en ville, quand elle était entre deux fix ou en manque d'Héroïne, mais je n’entretenais pas de relation intime avec elle. Pour moi, c’était une mignonne petite amie kleptomane et héroïnomane, un peu farfelue et adorable quand elle s’était administré une injection.
Ce qu’il faudrait en retenir pour la définition du mal qui me rongeait, c’est que I., bien des années plus tard, évoquait dans une lettre qu’elle m’avait adressée, le temps où elle vivait chez moi.
Je lui dis que je n’en avais pas le moindre souvenir. Qu’elle ait passé deux ou trois jours chez moi, de temps à autre, je ne le niais pas, mais je refusais, malgré ses insistances réitérées, de croire qu’elle ait habité chez moi pendant une assez longue période pour que l'on puisse nommer cela une liaison sérieuse.
A cette époque, j’étais aussi devenu colérique. J’évacuais ma hargne en cassant des objets, n’importe lesquels, ou en crevant mes toiles à coups de pied.
Un jour qu’elle m’avais mis en colère, je ne sais plus pourquoi, j'ai déchiré en deux un petit portrait à l'huile que j'avais fait de T.

La voyant pleurer en silence, je lui proposai de le restaurer, mais elle refusa et se mit à faire son ménage, la mine défaite.
Prenant un petit bout de toile de la même dimension, je me mis à copier ce portrait et je réussis à le reproduire exactement, si bien, qu’on n’y voyait presque pas de différence et je le lui tendis en lui disant :
- Tiens, le voilà, ton portrait.
- Elle le regarda avec tristesse et me dit :
- Non.
- Pourquoi non ? m’écriai-je, c’est exactement le même.
- Non, répéta-t-elle tristement.
- Mais pourquoi ?
- Parce que ce n’est pas la même chose.


G. m’avait entraîné chez elle alors que nous étions ivres de vin tous les deux.

Je n’étais pas allé jusqu’à envisager le grand amour avec elle, je ne pouvais plus former de projet de cette envergure, mais je lui étais fidèle, durant presque sept mois, sauf quand  elle allait de temps à autre à ses réunions collégiales, pour conspirer Dieu sait quoi avec ses collègues communistes et, rien que cela, m’avait petit à petit, empli de fureur contenue.

Et puis, un soir qu’elle refusait que je l’accompagne à une de ces réunions, je m’affalai, ivre mort, dans le lit de M., plus par vengeance que par envie.

Un jour que je revenais tranquillement chez J., je découvris M. plongée avec elle dans un conciliabule qui me concernait, car, de loin, je le reconnus au regard grave qu’elles me lançaient. Ce soir-là, je fis tout simplement demi-tour pour aller fumer avec mes amis. Par la suite, nous nous comportâment tous trois comme si rien ne s’était passé.

Et puis, je mis le pied dans le plat, chez T., un soir que nous avions bien fumé, tous les deux. Elle était assise en tailleur et moi, à demi allongé auprès d’elle, ma tête reposant sur son genou, nous rêvions tous deux depuis un assez long moment déjà, lorsque soudain elle me demanda d’une voix égale :

- Dis-moi, cette M. chez laquelle tu habites, as-tu eu une relation intime avec elle ?
Je lui répondis spontanément:

- Oui.

Comme elle s’était tue, je repris le cours de ma rêverie, mais un tremblement de son genou m’en arracha un instant plus tard. Croyant que ma tête lui pesait, je me redressai sur un coude pour la soulager et je fus intrigué l’instant d’après, par un son étrange et continu qui s’était distingué doucement du silence en prenant de l’ampleur comme le ferait une plainte de souris qui couinerait de plus en plus fort. Ce son se transforma en sanglot qui devint une voix plaintive. En pleurant  maintenant, T. regretta amèrement :
- Et tu ne prends même pas la peine
de me mentir...

Sa vengeance fut terrible: elle reçut d’abord chez elle, tout à fait nue, cinq de ses anciens amis  et pérora avec eux, ravis et complices, pendant une petite heure. Lorsqu’ils furent partis,  je lui demandai comment je devais interpréter son sans-gêne et elle me répondis avec une feinte gaîté :

-      Oh, ceux-là? Ce n’est rien, ce sont des copains d'avant...

Puis elle ajouta d'un air faussement détaché:
- ...je les connais très intimement, tous les cinq.

Ensuite elle jeta son dévolu sur celui qu’elle croyait être mon meilleur ami, allant jusqu’à lui proposer un soir qu'il s'était attardé chez nous, de s'installer avec nous sur notre lit, au lieu de partir à une heure si tardive et on pourrait en profiter pour causer un peu.

Je fus curieux jusqu’au bout de savoir comment cela se terminerait et cela se termina bien pour eux.

Dès lors, je n'eus plus que trois amies.


Au début de notre liaison, G. m’avait
confié qu’elle avait un fiancé qui vivait à
New-York, USA, où il était étudiant.
- Cependant, avait-elle ajouté,
il ne m’a pas écrit depuis cinq ans.
Je pensai donc qu’il ne l’aimait plus
et qu’il avait sans aucun doute noué des
relations avec une ou plusieurs autres
femmes de là-bas, durant tout ce temps.
Puis, nous avons filé le parfait amour,
émaillé de sorties en ville et de courts voyages
qui nous menaient parfois jusqu’au nord
du pays : Lüneburg, Hamburg,
Travemünde et Lübeck.
A chaque week-end, nous partions dans sa
petite voiture jaune pour nous isoler dans
une maisonnette à étage, qui était située
en bordure de l’Elbe et qu’elle avait achetée
à des paysans qui y vivaient,
sur la plaine de Lüneburg.
Elle m’y demanda si je croyais pouvoir
terminer mes jours avec elle dans cette
petite maison de poupée.
Je haussai les épaules et, lorsqu’un jour
elle m’annonça la visite de ses parents,
je ne compris pas ce qu’aurait pu
laisser motiver cette visite.
Lors de notre rencontre, ils devinrent
de plus en plus dépité au fur et à mesure
que j’essayais d’entretenir
une banale conversation.
Je peux le dire maintenant, je n’avais pas
compris qu’ils espéraient voir en moi,
pour le moins, un parti sérieux pour leur fille.
Au bout de sept mois environ, durant lesquels
j’avais boudé mes trois autres petites amies,
elle m’annonça, un jour que nous nous
trouvions chez elle à Berlin, qu’elle avait
adressé un ultimatum à son fiancé de New-York.
Il lui avait répondu qu’il allait venir lui faire
une visite à Berlin.
Elle me demanda si j’acceptais qu’elle
l’héberge chez elle durant quatorze jour
et je n’y vis pas d’inconvénient.
Seulement…
- Tu ne comprends pas,
précisa-t-elle avec effort.
Je veux dire, cela t’ennuierait-il de nous
laisser seuls pendant ce temps ?
Une placide fureur bouillonna en moi.
Me levant de mon fauteuil, je me dirigeai
sans rien dire vers la porte de l’appartement,
sortis sur le palier, puis je me retournai vers
elle qui m’avait suivi, les yeux exorbités,
et je lui dis nonchalamment :
Pas quatorze jours, non, c’est quatorze mois
ou quatorze ans que tu peux rester avec lui.

Puis je pris calmement le chemin qui menait
vers l’une de mes deux dernières petites amies.


Ainsi je poursuivis ma vie à la quête de Dieu sait quoi, retournant, après mes virées en villeou au bord du lac de Grunewald, chezl’une et chez l’autre des deux femmes.
Un soir que je revenais du centre-ville,
passablement ivre, je me souvins,en rentrant chez M., qu’elle  avait hébergéune  visiteuse qui était venu de sa province natale pour lui faire une petite visite.
Comme il est étrange de se rendre compte
que l’on commet un acte répréhensible que la raison et la conscience repoussentet comme il est encore  plus étrange de s’entêter à commettre cet acte en sachant parfaitement que l’on commet une erreur.
Faisant semblant d’être plus ivre que
je n’étais, je déboulai en titubant dans la chambre de l’invitée et m’affalai sur son lit en la prenant dans mes bras. Réveillée en sursaut, celle-ci poussa un cri d’orfraie et me repoussa en me regardant avec des yeux hagards.
Puis, ne pouvant pas bien me reconnaître
dans la pénombre, elle poussa plusieurs cris stridents en tournant la tête vers la chambre de M. Celle-ci accourut en nous appelant, tour à tour,
par notre nom respectif.
Dégrisé, saisi de frayeur,
j’improvisai u
ne comédie:
- Qu’y a-t-il ? Qu’as-tu donc, M. ?

- Houhheiiin ?! s’ébahit ma victime
en
retenant mes deux bras.
- Mais..., commençai-je à dire.

 

Déjà entrait M. dans la chambre en s’enquétant:
- Qu’y a-t-il ? que se passe-t-il donc ?

Que fais-tu dans cette chambre, A. ?

- Mais…répondis-je en feignant d’être perplexe,
je ne comprends pas...je suis ivre, j'ai dû me tromper de chambre.
- Allons, allons. Sors d’ici, s’il te plaît, me demanda-t-elle, bouleversée.


Je regagnai la porte en titubant sous le
regard courroucé de M. et allai m’allonger dans sa chambre.

 

Le lendemain, elle vint à moi en
tendant trois doigts :

- Je te donnes trois jours
pour déménager d’ici.

 

 

Il ne me resta plus que J. chez laquelle je dus donc retourner.
Elle avait quelque chose de suav e
t de touchant à la fois: lorsque je retournai chez elle après ma première  fugue qui dura sept mois, je restai penaud devant elle en cherchant des mots pour lui dire que j’étais désolé de m’être absenté pendant si longtemps et que…

 

Elle m’avait interrompu en souriant faiblement, tenant sa tête un peu
penchée sur le
côté et elle me dit
d’une voix assez joyeuse:
- Entre donc.

Aimerais-tu boire une tasse de café ?

 

A mon retour de la deuxième qui dura aussi sept mois, je me tins penaud devant sa porte en cherchant des mots, mais elle ne me laissa pas parler et me dit gaîment:
- Entre ! Je vais te faire du café.

 

 

Je percevais bien, à chaque fois qu’elle m’accueillait ainsi, une douleur contenue cachée dans sa voix et
j’en souffrais pour elle.


Plus tard, quand je revenais après m'être
absenté plus ou moins lontemps, elle m’accueillait toujours sans me laisser  parler et me disait d’entrer boire une tasse de café.

 

 Comme je n’avais plus qu’elle, je partageai mon temps entre elle et mon atelier de peinture que j’avais aménagé dans un immeuble vétuste qui se trouvait au bord d’un canal, tout près de la première des deux écoles des Beaux-Arts que j’avais fréquentées pendant plus
de cinq joyeuses années.

 

Mais par la suite, il ne fut plus
que rarement question
de joie
ou de bonheur pour moi.

 



 
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