h LSDreams - 23: En un battement de cœur

   
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  23: En un battement
de cœur
 


En un battement de cœur




Quelques temps plus tard, je me rendis à G., en Allemagne de l'Ouest, en fourgon aménagé avec D.T. et M.L. qui allaient passer trois jours à Fribourg.
Je voulais profiter de l'occasion pour faire une visite à mon frère et sa petite amie qui vivaient chez la sœur de celle-ci, dans une grande demeure.
M.L. resta avec moi à G., cette nuit-là et je ne me souviens plus ou partit D.T.
Nous fûmes bien reçus et, la nuit venue, il fut offert à chacun de nous une mansarde pour y dormir.
Les deux chambrettes se trouvaient côte à côte sous le grenier et le vent se mit à souffler lorsque nous allâmes, M. et moi, dans sa mansarde pour y fumer un dernier joint.
Nous étions euphoriques et jouions de la flûte pendant un moment déjà, lorsque soudain je sentis une inexplicable émotion sourdre en moi. D'une part, je ne voulais pas abuser de l'hospitalité de nos hôtes en faisant du bruit au moment où ils s'apprêtaient à dormir et d'autre part, je ne compris pas pourquoi j'eus des larmes dans les yeux lorsque j'éprouvais soudain le besoin de me retirer dans ma chambre.
Déjà, dans le couloir, j'étais rasséréné et pénétrai l'âme tranquille dans la petite pièce où je devais dormir.
Un réverbère qui se trouvait non loin de la fenêtre dans la rue, jetai assez de lumière diffuse dans cet espace pour que je n'allume pas la lumière.
La moitié du plafond était inclinée et un large matelas avait été disposé sur la moquette.
Le vent souffla plus fort et les branches d'un arbre qui s'élevait tout près de la fenêtre fouettaient les vitres par instants.
Je m'assis d'abord sur le bord du matelas en écoutant le vent se déchaîner au dehors. La maison laissait entendre des craquements comme si ses poutres et le parquet de son grenier gémissaient.
Me sentant bien, je m'étendis sur le dos, non pas pour dormir, mais seulement pour être plus à l'aise.
Après avoir rêvassé un moment, j'ai dû fermer les yeux et me suis peut-être assoupi.
Puis j'entendis un sourd et long grondement retentir dans l'espace et je crus à un roulement du tonnerre.
Le roulement me sembla durer trop longtemps et soudain je compris que ce bruit venait de mon cœur et je crus que ce fut le dernier, car je pensai:
-- Lorsque ce dernier battement cessera, je serai mort.
A cet instant, un sifflement strident se fit entendre dans ma tête et Dieu parla aussitôt.
Il me posa très rapidement des questions sur ma vie et je répondais aussitôt à chacune d'elles avec célérité, car il n'existait pas d'intervalle de temps entre Ses questions et mes réponses et Ses nouvelles questions et mes nouvelles réponses. J'eus pourtant le loisir de m'en rendre compte et de considérer la foison de nos paroles proférées en un temps infiniment court, comme si notre entretien, en fin de compte, n'avait duré que le temps d'un clin d'œil.
Mon âme était tranquille, mais en dehors d'un très grand sentiment d'émotion et d'étonnement, je n'éprouvais aucune crainte et, le dialogue à peine terminé, je m'étais déjà tourné sur un côté comme si je voulais m'endormir paisiblement.
Mais Il me commanda d'une voix claire:
-- Fais comme eux, sinon ils te tueront.
A ce moment-là, je savais de qui il s'agissait, mais je répondis:
-- Non.
Il reprit:
-- Fais comme eux, sinon ils te tueront.
Je répondis:
-- Non.
Il répéta pour la troisième fois:
-- Fais comme eux, sinon ils te tueront.
Obstiné, je refusai une troisième fois:
-- Non.
-- Alors, meurs!, dit-Il.
Puis je sentis comme une poigne invisible me saisir brutalement l'âme à l'intérieur du corps et la tirer avec tant de force que je craignis de voir ma tête exploser, mon crâne éclater et s'ouvrir pour laisser difficilement le passage à cette âme qu'on arrachait.
Alors, je criai:
-- Oui, je ferai comme eux.
Je fus relâché et mon âme fut aussitôt apaisée et mon corps se détendit.
Peu après, je perçus le vent souffler beaucoup plus fort qu'auparavant et la maison gémir et les branches frapper les vitres de la fenêtre.
Le parquet du grenier gémissait, comme si quelqu'un l'arpentait. Puis ce que je pris pour un bruit de pas désordonnés dans la tempête me fit croire soudain à un certain J., ami de mon frère, étudiant barbu et un peu corpulent qui avait dit à mon frère qu'il entendait Jésus lui parler grâce à l'installation électrique de son appartement. J'avais recommandé à mon frère de ne pas le croire, parce qu'il était fou.
J. l'a appris et maintenant, il s'est infiltré dans la maison dans le dessein de se venger de moi, de me tuer.
Je courus à la porte de la chambre et la verrouillai d'un double tour de clé.
Plus le vent soufflait, plus les bruits qui provenaient avec fracas de toute la maison s'intensifiaient et plus ma crainte grandissait.
Je tournai comme un fou dans la pièce en m'attendant à une agression pendant Dieu sait combien de temps.
Par bonheur, l'apaisement du souffle du vent et une lueur blafarde venant de la fenêtre annoncèrent l'aube naissante et, à présent rassuré, je m'approchai de la fenêtre pour voir le jour se lever.
J'avais le sentiment d'avoir perdu quelque chose que je ne pouvais pas encore identifier mais que je commençais à découvrir.
C'était bien cela, en regardant la fenêtre grand-ouverte de l'étage de la maison d'en face et en voyant un jeune homme s'approcher en robe de chambre de cette fenêtre pour y respirer l'air frais du matin, je compris que j'avais perdu ma tranquillité d'esprit.
J'étais inquiet, je ne savais pas pourquoi et j'appréhendais déjà l'avenir. C'était comme si je savais quelque chose et que je ne savais rien du tout.
Je ne savais même pas ce que j'appréhendais, mais la compagnie de mon entourage fut éprouvante, car j'étais traumatisé et fortement impressionné par ce qu'il s'était passé la veille.
Puis, D.T. étant revenu dans son fourgon après le petit-déjeuner, nous reprîmes le chemin de retour vers Berlin.
J'étais très perturbé, le fourgon longea l'orée d'une forêt dont les arbres touffus laissaient s'infiltrer des rayons du soleil et ce spectacle qui me plaisait d'habitude me fut insupportable.
Mon inquiétude grandit, je devins nerveux et D.T. qui le remarqua en mettant une cassette de musique dans l'appareil de bord, se mit à rire bruyamment.
Comme il était bête, il avait augmenté le son de la musique jusqu'à un niveau désagréable et irritant et
le chanteur hurlait d'une voix stridente:
-- Millie sees the cops….
-- …and the Millie drops everything she get…
Cela me fit penser à C., cette fille qui avait avalé un grand morceau de chit en voyant deux gendarmes s'approcher à Formentera, l'été dernier.
Alors je hurlai pour me faire entendre à D.T.:
-- Baisse un peu le son!
Il rit en se secouant comme un idiot et refusa de m'entendre.
-- Je t'ai dit de baisser le son!
Il rit en se secouant de plus belle mais n'en fit rien.
-- Bon, écoute! Quand on sera à Hanovre, tu me déposeras devant la gare.
-- Pourquoi?, s'enquit M.L., de l'arrière du fourgon.
-- Parce que je veux continuer le chemin en train.
-- Mais, pourquoi?
-- Parce que j'ai hâte d'arriver à Berlin.
Il hocha la tête dubitativement:
-- Tu devrais patienter un peu.
Je descendis du fourgon devant la petite gare de Hanovre, je la connaissais déjà, aussi m'engageai-je dans le petit tunnel qui mène jusqu'aux marches d'un escalier qui montaient vers les quais.
J'allai à un guichet et m'enquis de l'horaire du train pour Berlin. Il y avait une correspondance, je devais prendre un omnibus qui me conduirait jusqu'au train pour Berlin qui se trouvait plus loin et on me remit un ticket.
Je ne reconnaissais plus la gare, celle-ci semblait être beaucoup plus petite que l'autre et ne possédait que deux quais. Entre eux deux, il y avait une haute horloge, au sommet d'un poteau et elle marquait exactement douze heures. Elle était noire, avait un cadran blanc et un trotteuse rouge, comme toutes les horloges partout ailleurs.
Au-delà, le quai extérieur était bordé d'un terrain vague sur lequel poussait une végétation sauvage et à moitié fanée. Le quai n'était pas long et, au bout, il avait l'air abandonné, sinistre, comme si jamais un train n'y abordait.
Je fis demi-tour pour chasser cette mauvaise impression et me dirigeai d'un pas rapide vers un café que j'avais aperçu en passant.
A droite de l'établissement, deux ouvriers creusaient une fosse. Je tombai en arrêt devant eux et regardai ce qu'ils creusaient et qui aurait pu être une tombe.
A ma vue, ils se figèrent tous deux, l'un penché en avant, la pelle dans la terre et l'autre en tenant la sienne debout, le manche près de la joue. Ils avaient l'air de se méfier et semblaient se tenir sur leur garde.
Mais ils creusaient là, comme je pus le voir, afin de découvrir une canalisation d'eau qu'ils voulaient sans doute réparer.
Je les quittai prestement et entrai dans le bistrot.
M'asseyant à la première table venue, je commandai une bière au tenancier. Il se mit en devoir de la préparer, mais comme il me semblait trop tarder, je me levai en lui disant que je reviendrais dans un petit moment et sortis du local.
En passant devant eux, je m'arrêtai durant un court moment devant les deux fossoyeurs qui se figèrent dans leur attitude comme auparavant.
Je m'éloignai d'eux rapidement et levai les yeux vers l'horloge; elle indiquait douze heures précises. C'était clair, elle ne fonctionnait pas, me dis-je et, lui tournant le dos, je m'engageai sur l'autre quai.
Il était désolant à voir, j'en fus presque déprimé en le regardant. Je m'en éloignai aussi et repassai devant les deux ouvriers qui se figèrent à ma vue et leurs yeux s'étaient un peu agrandis comme s'ils avaient un peu peur et je crus voir l'un d'eux regarder sa pelle avec un air menaçant.
Je ne fis que trébucher, pour ne pas m'arrêter près d'eux et je pénétrai en trombe dans le café. La bière était là, sur la table. Je m'assis et bus une gorgée, puis, impatient, je me levai et me ruai au-dehors, passant rapidement devant les deux hommes qui s'arrêtèrent aussitôt de creuser, je me dirigeai vers l'autre quai et levai les yeux vers l'horloge.
Elle marquait, comme de juste, puisqu'elle ne fonctionnait pas, ses sempiternelles douze heures précises.
Après avoir jeté un nouveau coup d'œil sur l'autre quai, je suis retourné ensuite au café en passant sans m'arrêter devant les curieux fossoyeurs.
Après avoir bu une partie de mon verre, je claquai une piécette sur la table, dis au revoir et m'en allai avec l'intuition que c'était l'heure de mon train.
Je repassai devant les deux ouvriers immobiles et, les ignorant superbement, je me dirigeai une nouvelle fois vers l'autre quai.
Soudain je poussai une exclamation de surprise et j'eus un immense sursaut qui me souleva presque de terre lorsque je vis l'horloge.
Elle marquait douze heures et une minute, elle avait bougé, elle fonctionnait, elle avait avancé son aiguille pendant que je me hâtai çà et là, ne sachant trop pourquoi.
Les ouvriers me regardaient attentivement en tenant leur pelle fichée au sol, mais ils n'avaient plus l'air d'avoir peur.
Effrayé, j'allai presque jusqu'au bout du quai, mais cette-fois, il était macabre, je le crus mort, abandonné, fantomatique.
Je revins sur mes pas et lorsque je jetai un regard furieux à l'horloge, je vis aussi un petit omnibus beige à toits de wagons rouge foncé venir tout doucement vers moi. Lorsqu'il s'arrêta, j'y grimpais et m'installai à une fenêtre au milieu d'une foule compacte.
Un receveur parut et, en faisant claquer ses pincettes, il réclamait d'une voix monotone:
-- Vos billets, s'il vous plaît.
Lorsque je lui tendis le mien, il maintint sa pincette en l'air et tourna et retourna le billet dans sa main et inclina sa tête sur le côté pour pouvoir déchiffrer ce qui était écrit dessus.
-- Vous allez dans la mauvaise direction, me dit-il?
-- Je suis dans le mauvais train, voulez-vous dire?
-- Oui, vous devez descendre à la prochaine station et prendre l'omnibus qui va en sens inverse.
Je me sentais seul, accoudé à une fenêtre du train désert qui me ramenait vers Berlin et c'est avec attendrissement que je revis la gare du Jardin zoologique et le centre de la ville, juste là, qui grouillait de monde pendant la nuit.

Ce qu'il faut encore dire pour clore de manière compréhensible ces évènements, c'est que dès le lendemain matin de cette nuit durant laquelle je crus mourir, je ne savais plus qui étaient ceux auxquels je devais m'adapter. Alors, plus tard, pendant peut-être quelques mois ou quelques années, j'ai toujours expérimenté cette adaptation obligatoire avec des sujets divers que je changeai aussitôt après avoir reconnu qu'il ne pouvait pas s'agir de ceux-là.
Aujourd'hui même,je n'en sais toujours rien.
Alors, j'ai décidé que le plus aisé pour moi serait de faire comme ceux parmi lesquels je vis en ce moment et j'ai rejoint les musulmans.




Addendum: 

Islam signifie textuellement: soumission
( à la Volonté divine)
et tous ceux qui se soumettent à
la Volonté divine sont dits musulmans.
Par conséquent, les Chrétiens, les Sabéens,et les Juifs qui se sont soumis à la même Volonté divine et croient au même Jour du Jugement dernier, sont aussi des musulmans.
A tous ceux-là, Dieu a promis le Paradis céleste parce qu'ils ont cru en Lui et au Jour du Jugement Dernier.

Je dis cela pour ceux qui croient que le racisme est justifié, en se fondant sur la mentalité honnie de la majorité mécréante
au sein de laquelle le peu d'élus qui y existe  n'y est presque pas décelable.
Mais ce petit nombre d'élus, qu'aucune action d'éclat volontaire ne vient propulser au premier-plan de l'opinion mondiale et qui est donc confondu avec la majorité mécréante, sait, en dépit de cette méprise, qu'il est frère parce que celui qui aspire à être agréé dans le Paradis céleste, n'a pas le droit d'être ennemi, sinon Dieu ne l'aimerait plus.

Au vu de toutes les catastrophes qui viennent parfois endeuiller le monde, Jésus a déjà dit  qu'il pleut sur les bons comme sur les méchants.





 
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