h LSDreams - 21: Un trou de mémoire

   
  LSDreams
  21: Un trou de mémoire
 

          Un bug a endommagé ce texte et
         il sera restauré prochainement.



19:  Un trou de mémoire.


A l’Ecole des Beaux-arts, il y avait un excédent
d’argent dans la caisse des étudiants dont
j’ignorais l’existence.
On m’apprit donc que notre représentant avait
obtenu la permission d’utiliser ce pécule afin
de nous financer une visite en groupe du
Château de Sans-souci qui se trouvait
à Potsdam, transport et repas inclus.


Le Château de Sans-souci à Potsdam.

Nous passâmes donc une partie de la
journée à parcourir le Château et son parc,
puis nous reprîmesle chemin du retour
vers la fin de l’après-midi et arrivâmesau
centre-ville de Berlin à la nuit tombée.

Notre chef de groupe nous proposa de
déguster une pizza avec ce qu’il restait
d’argent et nous acceptâmes tous
avec enthousiasme.
Nous nous rendîmes donc tous au
Terzo mondo, pizzeria tenue par des
Italiens dans la Kantstrasse
et qui se situait  non-loin de notre école.

Nous avions rapproché plusieurs tables
que nous disposâmes en longueur
comme pour un banquet
et commandâmes de la bière
et des pizzas.

Le repas tardant à être servi, nous nous
plongeâmes tous dans des discussions
avec ceux de nos camarades qui étaient
à portée de voix.

Profitant d’une petite accalmie, je tirai un
petit sachet de cellophane hors de la ceinture
de mon pantalon pour voir combien il me
restait encore de pilules,tout en songeant
que je pouvais m’en offrir une après la
clôture de cette soirée passée entre amis
puisque je devrais sans doute
finir la nuit tout seul.  

Mon ami J.H. qui était assis à ma droite
me surprit pendant cette investigation et
me demanda aussitôtce que j’avais là.

-       Des trips, lui répondis-je.

-        Ah… fais-moi voir comment ils sont,
s’il te plaît.

Je les approchais de son visage
et il s’étonna :

- Ils sont si petits que ça ?, s’enquit-il.

- Oui.

- Et tu les prends comment, avec de l’eau ?
demanda-t-il encore.

- Non, juste comme ça, lui répondis-je en
en posant un sur ma langue.

La petite pilule s’applatit et se dilua
instantanément dans ma bouche.
-       Qu’est-ce que ça fait maintenant
 que tu l’as pris?

Je le regardai sans rien dire,
puis je haussai les épaules:

- Son effet ne se produira que dans
une heure ou une heure et demie,
finis-je par dire.
Il me regarda en silence, puis, renonçant
à me poserd’autres questions, il se
détourna pour poursuivre  la conversation
qu’il avait interrompue avec
son voisin de droite.

Le chef de groupe était assis en face
de moi. Il m’observait depuis un petit
moment déjà, puis  il semit à converser
avec moi humblement
en tenant des propos dontje n’ai plus
de souvenir aujourd’hui.
Faisant un effort, je m’efforçai d’être aussi
courtois que possible, car je sentais que mon
attitude que l’effet du trip commençait
à rendre distante risquait de l’humilier.
J’y parvins tant bien que mal et tandis que
je faisais de mon mieux, je remarquai que
plusieurs de mes amis, même les plus
éloignés m’observaient attentivement.

Heureusement, les pizzas arrivèrent pour
faire diversion et un grand plat en bois fut
posé devant moi.

Heureux comme un enfant, J.H. avait
poussé un ah ! de joieà la vue des pizzas,
puis se tournant vers moi, le visage radieux,
il s'écria:

- N’est-ce pas qu'elles sont belles !

Assurément, c’étaient de très belles et
grandes pizzas qui étaient abondamment
nappées d’une sauce tomate parsemée
de viande hachée, de petits dés de légumes
et d’herbes fines. En d’autres circonstances,
j’en aurais raffoléet en aurais dégusté
avec plaisir, malheureusement, ce soir-là,
je fus pris de dégoût à leur vue et
je m’en détournai rapidement avec
un haut-le-cœur difficilement surmontable.
La sauce ressemblait à s’y méprendre au
résultat d’une affreuse diarrhée .

J.H. se tourna vers moi et je vis ses
cheveux raides battre ses joues :

- Pah, elle a l’air d’être bonne, hein ?

Je dus avoir l’air frustré en le regardant
sans répondre eten poussant un –« Euh »
rauque qui ne voulait rien dire,
du moins pour lui, puis je la
repoussai au loin.

Inquisiteur, il me regarda avec perplexité
 et demanda:

- Qu’est-ce qu’il y a ?, en secouant la tête
sans dévoiler le fond de sa pensée, mais
je l’avais compris et répondis à  sa
muette question:

- Je n’en veux pas.

- Hein, tu n’en veux pas ?!
Dis, est-ce que je peux la prendre ?

- Oui, prends-la, si tu veux.

Il allongea ses bras et attira la pizza vers lui
en me remerciant avec un large sourire.

C’était plus que je ne pouvais supporter.
Je me levai donc et quittai la table.
Cependant, ne voulant pas frustrer mes amis
qui me regardaient avec étonnement
m’éloigner d’eux, je me rendis à l’un des deux
flippers qui étaient prèsde la porte d’entrée et
y glissai une pièce.
 Cela n’empêcha pas mes amis de m’observer
davantage et j’eus l’impression que,
d’un signe de tête,ils s’étaient enquis à mon
sujet auprès de J.H. qui, la tête tournée
vers eux, semblait leur donner
quelques explication.

Ils me regardaient tous d’un air songeur
et moi, je me demandais ce que je devais
faire après avoir inséré une pièce
dans l’appareil.
Après un bon moment d’observation,
je compris qu’il fallait envoyer la bille
d’acier dans le jeu
et, quand elle y  fut, je poursuivis ses
rebondissements du regard sans réagir
jusqu’à ce qu’elle vienne disparaître dans
une ouverture qui était pratiquée
juste sous mes yeux.

Ce lieu me parut sordide tout à coup
lorsque je remarquai une poussière qui
me parut excéssive, quelques petits
bouts de papier  et peut-être encore
quelque mégot recouvrir le sol.
C’était évidemment l’effet du LSD, mais je
n’y prenais plus garde et, après avoir
essayé de jouer encore distraitement une
ou deux parties de flipper, je m’inclinai
légèrement vers mes amis attablés et
leur souhaitai une bonne soirée.

 

Enfin, je sortis nonchalamment du local
et m’engageai dans la Kantstrasse qui
était peufréquentée de ce côté-là.

 

Je reculai donc instinctivement et repris
mon chemin, mais ce souvenir déclencha
en moi une analyse des rapports qui
existaient entre les gens du pays et
les étrangers qui y vivaient et je ne
pus m’empêcher de me ranger du
côté des premiers.
J’étais allemand, j’avais les mêmes
griefs à faire et j’en entretenais
calmement et raisonnablement un
cousin algérien qui
était venu me rendre visite
mais qui, ce soir-là, ne déambulait pas
sur la Kantstrasse à mes côtés,
mais dans ma tête seulement.

Puis j’arrivai à la Steinplatz qui fait face à
l’entrée de l’Ecole des Beaux-arts
que je fréquentais.
Après avoir effleuré du regard les maisons
et les magasins d’alentour, je m’immobilisai
devant le petit monument aux morts qu’on
avait érigé sur le bord de cette place.


 

 

Il était fait de bronze verdi par le temps
et reposait sur un socle de pierre de
forme presque cubique.

 

Je l’observai longtemps et l’analysai dans
ses moindres détails, puis je me mis en devoir
de le concevoir autrement en y apportant des
changements qui étaient autant d’
améliorations qui contribueraient à le
rendre plus esthétique et plus réussi.

 

Enfin, je m’en détournai pour reprendre
ma marche vers la place du Jardin zoologique
dont je vis les lumières scintiller à moins
de deux cent mètres de là.

Place du Jardin zoologique

 

C’est tout ce dont je puis me souvenir et
je n’ai jamais su si j’ai atteint cette place
ou s’il en fut autrement.

 

Je ne saurai jamais ce qui s’est passé depuis
la Steinplatz jusqu’à chez moi parce que
je me suis réveillé le lendemain matin
dans mon lit sans en avoir gardé
le moindre souvenir.




 
 


 
  Entrées: 51146 visiteurs Merci pour votre visite !