h LSDreams - 13.2: Introcosmos (suite et fin)

   
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  13.2: Introcosmos
(suite et fin)
 


Introcosmos, (suite)

Nous dansâmes encore un peu, mais un moment plus tard, je ressentis subitement un irrésistible besoin de m’allonger, aussi vite que possible, car je me sentis devenir lourd, engourdi, comme ensommeillé et c’est les genoux un peu fléchis, comme sous un grand poids posé sur les épaules, que je m’ébranlai vers un canapé qui se trouvait à quelques pas devant moi. Chaque pas que je fis était le déroulement d’une action et  d’un évènement qui réclamèrent un effort soutenu de ma part. Au premier pas que je fis, je vis du coin de l’œil que W.L. s’était immobilisé et me regardait fixement. Ses yeux bleus devenus très clair, étaient ronds comme des boutons quoiqu’un peu petits et ils exprimaient un intérêt soudain pour la nouvelle situation tout en étant empreints d’une perplexité qui relevait de ce que l’effet du LSD devait produire en lui d’étrange.

Au deuxième pas lourd que je fis, W.L. s’ébranla et marcha vers moi, l’air tout à fait intrigué.

Au troisième pas que j’employai aussi pour pivoter sur moi-même afin de m’asseoir sur le canapé, W.L. approcha et avança le buste vers moi. J’avais peine à garder mes yeux ouverts sur lui parce que mes paupières tendaient à se fermer d’elles-mêmes.

En m’asseyant avec soulagement, j’entendis W.L. s’enquérir d’une voix étonnée :

-- Que fais-tu maintenant ?

Je fis un grand effort pour lui donner, en même temps que je m’affalai sur le dos, une réponse que je cherchai pendant un bref moment dans mon esprit et un mot, venu Dieu sait d’où y naquit, comme s’il était issu d’un sombre pressentiment pour ce qui allait m’arriver et je le lui répondis d’une voix rauque :

-- Introcosmos.

Je ne pouvais pas dire plus, déjà ma tête chutait vers  un oreiller providentiel tandis que mes paupières se fermaient lourdement  et que le visage de W.L. s’estompait en perdant toute signification.

Mon crâne heurta l’oreiller et je rebondis comme un ballon vers le ciel nocturne dans lequel je m’envolai très rapidement à la verticale.

Ce ciel était sombre et constellé de ce que je pris pour des étoiles, la lueur rougeâtre qu'elles émettaient faiblement ne scintillait pas.

J’eus tout le loisir de contempler ces corps célestes un peu ternes et je me contentai de leur pauvre lumière. Puis, intéressé par mon vol rapide, je regardai mes longs cheveux qui pendaient de part et d’autre de mon visage et je vis qu’ils ne bougeaient pas.

Puis je baissai les yeux sur ma chemise, mais elle ne frémissait pas et ensuite je regardai les jambes de mon pantalon, mais il n’était pas, non-plus, agité par un vent de course auquel j’eus pu m’attendre dans le calme silence régnant autour de moi.

Scrutant de nouveau le ciel, je vis l’un de ces astres grandir encore et je pensai :

-- L’étoile s’agrandit.

Sa dimension devenait de plus en plus importante et je n’en pensai pas moins qu’elle ne faisait que grandir parce que  j’avais l’impression d’être immobile dans le ciel.

Puis, comme l’étoile grandissait davantage, je compris :
-- Elle grossit parce que je m’en approche.

Je l’observais alors tranquillement, car, à vrai dire, quoi qu’il advienne, selon que l’on est peut être un peu surpris de manière sereine, on accepte dès l’abord cette nouvelle situation sans aucune crainte et on la considère comme tout à fait naturelle.

Je ne fus donc pas surpris de la voir s’agrandir au fur et à mesure que je m’en approchai placidement et cacher peu à peu le ciel tout autour d’elle.

Je la survolai horizontalement à présent et plus j’en approchai et mieux je distinguai l’apparence de sa surface. Elle était faite de monts et de creux assez uniformes. Sa couleur était celle d’un agrume pas bien mûr, les mamelons étaient d’un orange assez pâle qui vire vers le jaune et les ombres des creux se dégradaient dans ce jaune en un vert clair qui s’assombrissait graduellement.

La courbe de mon vol déclina en angle aigu vers le sol dans lequel apparurent des craquelures qui s’étendaient à perte de vue. J’observai les îlots que formaient ces fissures et pensai, en choisissant l’un d’eux :

-- Peut-être vais-je être posé sur celui-ci,

Car j’eus la pensée éphémère que quelque chose de mystérieux maîtrisait mon vol et je savais que je n’avais aucune influence sur lui. Quelqu’un, je ne sus qui, me transportait ainsi.

Enfin, je tombai tête la première dans l’une de ces fissures dont les parois, semblables à de très hautes falaises, étaient d’un gris agréable à voir et je les regardais encore en parvenant à leur extrémité : la planète était creuse et possédait en elle un ciel pareil à celui que je venais de traverser. Là aussi je pouvais voir les mêmes planètes et, comme l’avenir m’était inconnu, je me contentai de les contempler comme je l’avais fait pour les premières et comme de ces premières, l’une d’elles se détacha d’entre elles et grossit comme le fit la première.

J’approchai donc une nouvelle planète et tout se passa comme tout se passa avec la première et je traversai la croûte de celle-ci aussi, car elle aussi était creuse et comportait un autre ciel en son sein.

Dans ce nouveau ciel, parmi des planètes qui avaient la même apparence que les précédentes, j’eus l’intuition d’un ciel plus restreint et je ne fus pas long à remarquer qu’il possédait un centre plus clair dans lequel brillait ce que je présumai être une planète. Mais, en m’en approchant davantage, je constatai qu’elle était de plus petite taille que les autres planètes et il s’avéra ensuite qu’elle était faite d’une lumière ronde dans laquelle je finis par pénétrer.

Mon vol fut fortement ralenti, à la manière d’un véhicule qui freine une course rapide, puis je traversai cette lumière jusqu’à son centre lumineux et enfin m’immobilisais assis confortablement, la main gauche posée à plat sur un sol qui était de lumière.

Devant moi, dans le noyau plus clair, se trouvait quelque chose dont je ne pus distinguer la nature. Peu à peu, je pus enfin reconnaître sa forme, mais cette forme m’était inconnue.

C’était une espèce d’objet oblong, posé à la verticale, d’une taille impossible à définir, plus étroit à la base qu’au sommet et dont la surface était brillante sans excès. Sa texture me fit penser à la peau du poivron et tandis que j’observai encore cette sorte de peau luisante, une montée de couleurs irisées la parcourut en progressant vers le sommet de la chose.

Ce sommet protubérant était arrondi et formé de structures gonflées de pétales semblables à ceux d’une fleur.

La couleur qui montait de manière déroutante, ne cessait de faire succéder ses différentes teintes qui commençaient au vert au pied de la chose et se poursuivaient en devenant jaunes, puis orangées et enfin rouges et cette couleur d’un beau rouge naissait au sommet de la chose et progressait vers le centre dans lequel elle s’engouffrait enfin.

La couleur verte y enchaînait sa teinte en apparaissant à la base de la chose et la montée des teintes irisées reprenaient leur ascension vers le sommet où elles redevaient rouges avant de s’engouffrer à leur tour dans le centre du sommet.

Puis la même progression des couleurs reprit à la même cadence et elle fut ponctuée d’un son grave qui venait battre de coups de plus en plus audibles et devenir les battements de mon cœur.

Quelque peu effrayé, je me redressai brusquement sur le canapé et aperçus aussitôt W.L. qui balançait son corps comme s’il dansait un peu près de M.L. qui n’avait pas quitté sa place.

Je ne me souviens plus de ce qui s’ensuivit pendant cette soirée-là, si ce n’est que je réfléchissais sans arrêt à ce que j’avais vu sur le trip sans pouvoir le comprendre, mais le lendemain ou le surlendemain, je me rendis chez O.S. dans l’espoir qu’il pourrait m'en donner une explication.

Je lui en parlai donc et il pensa que j’avais été dans mon organisme et que j’étais sans doute parvenu jusqu’à la cellule. Mais cette explication ne me satisfit pas, je n’y crus pas et, finalement, je finis par ne plus y penser.

Quinze années plus tard, j’en découvris fortuitement l’explication. J’étais retourné dans mon pays et, un soir que je m’ennuyais seul dans ma chambre, j’ai feuilleté dans une encyclopédie qui datait des années mille neuf cent vingt ou trente. En tournant une page que j’inspectais du regard, à la recherche d’un article intéressant, je vis d’abord un visage d’indien peinturluré et ensuite, plus bas, quelque chose à laquelle je ne prêtai que peu d’attention. Mais je dus me raviser et retourner à cette page parce que ce qu’il y avait en bas me rappelait vaguement quelque chose.

Le visage était plutôt un masque très ressemblant d’amérindien Tupamaro qu’on avait orné de taches de couleurs.

Haussant les épaules, j’observai la photographie du bas qui montrait trois ou quatre semblants de légumes que je ne connaissais pas, alors je lus la légende et en restai bouche bée de stupéfaction : il s’agissait de plants de Peyotl, le cactus à vertus hallucinogènes du Mexique.

Cette plante avait rappelé un souvenir dans ma mémoire, de quelque chose que je ne pus reconnaître que progressivement et qui s’avéra être enfin la chose inconnue de moi que j’avais vue sur le trip que j’avais fait en compagne de W.L. et de M.L. quinze ans plus tôt à Berlin.

C’était donc cette plante que j’avais vue sur mon trip et qui m’était inconnue parce que je ne connaissais le Peyotl que d’ouï-dire, je fus jusqu’à penser que ce nom indiquait le champignon hallucinogène mexicain Psilocybe mex. duquel je ne savais rien non-plus, parce que nous n’absorbions que sous forme de pilules imbibées d’une goutte de leur synthèse chimique.

Comment se fit-il donc que j’aie pu voir, même en rêve, une plante qui existe depuis que le monde est monde, mais dont je n’avais jamais vu ni lu aucune description auparavant ?

Y a-t-il quelque chose de miraculeux dans cette affaire ?

Je ne sais que croire, sachant que la Création est un miracle permanent, je sais que d’autres miracles ne sont plus produits, mais j’ai pensé à Dieu et je me suis dit que cette Puissance que je ne connaissais pas alors et qui me transportait dans l’Espace, était peut-être Dieu.

Seul Dieu le sait.



(Fin)


 


 
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