h LSDreams - 32: Adieu Berlin

   
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  32: Adieu Berlin
 
Adieu Berlin
 

Par la suite, je sombrai dans un état de confusion
mentale qui consistait à chercher quelque chose
que je ne connaissais pas mais qui me paraissait
être de la plus haute importance pour mon salut.
J’étais si inquiet que j’en devins morne et
que mon caractère se tempéra.
Aussi errai-je dans un environnement onirique dont
la réalité était mise à nu par une grisaille monotone.
Je fus moins soigneux de ma personne, ne me rasant
la barbe que de temps à autres, oubliant de laver
mes cheveux, de mettre des vêtements propres.
Un jour que j’étais allé chez W., elle m’avait dit
tendrement de raser ma barbe de quatre jours
 pour que les gens ne me prennent pas

pour un bandit.

Parfois, cela fut pire, je me clochardisais et,
un jour, un rentier me lança de son banc qui
était en bordure d’un parc:
- ...eh, gitan...
Je m'immobilisai devant lui et lui dit insolemment:
-Voudrais-tu par hasard m'insulter?

Il se tint coi sans rien dire et je poursuivis mon
chemin. Mais j’avais le bonheur de pouvoir
 me ressaisir à temps et de soigner mon
apparence ou de me contrôler lorsque je ne
 savais pas quoi faire quand j’oubliais de
respecter les règles de la convenance.
On ne manquait pas de me
rappeler quelques fois à l’ordre :
- Otez cette cigarette de votre bouche
quand vous me parlez !
ou :
- On dit bonjour quand on entre chez quelqu’un !

ou encore:
- Mais enfin, dites quelque chose !
Je ne peux pas savoir ce que vous voulez, moi !

J’avais aussi cessé de boire parce que je craignais
de devenir alcoolique et je sortais moins, le soir.
Perturbé par la trop forte sonorité de la musique
qui était diffusée dans les discothèques, j’en fus
réduit à ne plus pouvoir entendre le moindre bruit.
Parfois, je restais seul chez moi, ou plutôt
chez M., à passer mon temps à contempler
la nature que je pouvais voir depuis ma fenêtre
ou bien je longeais calmement la rive du canal
en observant le remue-ménage de la volaille
aquatique, ou encore, je m’asseyais sur l’herbe
 pour peindre une aquarelle ou dessiner
 quelques parties de ce paysage.

Parfois, j'y fumais un joint, seul ou
en compagnie de ceux de mes amis qui
habitaient dans le même l'immeuble.
Le soir, je restais seul dans mon atelier-appartement
et j’y fumais du hachich en jouant de la guitare.
Mais un soir que j’en avais soutiré des sanglots
qui étaient si déchirants que j’en versai des
larmes, je cessai d’en jouer par la suite.
C, auquel je l’avais prêtée un soir qu'il en
avait joué chez moi, oublia de me
la rapporter plus tard et je ne la lui réclamai pas,
parce que  je ne voulais plus l'avoir.
De temps en temps, je retournais m’installer
pour une durée indéterminée chez J.
Elle ne changeait pas ; je m’étonnais toujours
de son air ravi de me revoir quand elle me
recevait , elle me souriait à pleine dents,
m’interpellait de la même façon joviale et
 m’invitait à entrer et à prendre
une tasse de café avec elle.

Voyant dans son regard la ferme intention
de faire perdurer cette entrée en matière,
j’acquiesçais en souriant et, sans rien dire,
je la suivais jusqu’au salon.
Elle ignorait tout de ma souffrance
parce que je n’en parlais jamais à qui que
ce fut par crainte d’être cru devenu fou.
Aujourd’hui, avec l’expérience que j’ai
acquise en matière de religion, je devrais dire,
afin de faire comprendre pourquoi j’étais
dans un pareil état, que je ne trouve pas
de meilleure explication que celle des
Saintes-Ecritures : j’étais peut-être possédé
 par le démon. Or, on sait ce que le démon
peut inspirer à l’homme d'égarement.
Cet état donc était le résultat d’un blocage
de la personnalité qui déformait la réalité de
telle manière que le comportement en était altéré.
Le blocage était produit par des idées étranges
qui s’étaient ancrées dans mon esprit
sous forme d’inconnues.
Je ne savais pas ce que je vivais,
ce que j’avais été, ce à quoi j’aspirais sans
en connaître la nature. Avec l’aide de J.
qui me paraissait de plus en plus bizarre,
j’entrepris lentement les démarches qui sont
nécessaires pour faire un voyage inattendu.

Elle me donna assez d’argent pour
pouvoir réserver une place d’avion dans
une agence de voyage.
J’avais choisi un programme économique
afin de faire une halte à Prague et, de ce fait,
je devais emprunter un avion qui décollait
de l’aéroport de Schönefeld, à Berlin-est.
Elle ne put m’accompagner dans la zone
occupée et je passai sans transition
d’un monde en un autre.

Etourdi comme je l’étais, j’avais emporté avec
moi tout mon attirail de fumeur. On m’épingla à
la douane et on me conduisit dans un bureau où
je fus obligé de me déshabiller jusqu’au caleçon
de bain que je portais. On emporta mes
vêtements et je fus conduit jusque dans un
conteneur dans lequel ronronnait
bruyamment une quelconque machine.

On me dit de m’asseoir sur la chaise
qu’il y avait là et d’attendre.
Le soleil de l’après-midi chauffait le toit
de métal du conteneur et je suffoquai de
chaleur pendant peut-être deux heures.


J’étais d’humeur massacrante et je
faillis exploser de colère lorsqu’un douanier
entra en triturant mes vêtements.
Abasourdi, je le vis tâter avec dépit toutes
les coutures de ma veste et de mon pantalon.
Comprenant qu’il ne parvenait pas à croire que
je n’aie pas de hachich sur moi, je secouai
la tête lentement en le regardant.
 Il secoua sa tête aussi, mais d’un air interrogatif.
Je tendis ma main et il y déposa mes vêtements,
un peu comme à regret,
mais il garda mes bottillons ultralégers dans ses
mains en les regardant d’un air chiffonné
pendant quelque temps.
Comme il commençait à m'amuser pendant
que je l'observais en silence, il se résigna
enfin et me les tendit aussi, puis il fit
demi-tour et repartit sans mot dire.







 



 
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