h LSDreams - 29: Le dernier recours

   
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  29: Le dernier recours
 

Le dernier recours


Malheureusement, je ne me sentais pas à l’aise
chez J. L’appartement de deux pièces, cuisine
et salle de bains que nous partagions était
situé en arrière-boutique et nous y accédions en traversant le magasin d’articles de laine qu’elle confectionnait joliment.
J’effectuais mon travail de peintre ou jouais
à la guitare en fumant, juste derrière la
cloison que j’y avais élevé et qui séparait l’appartement de la boutique.
Mais dans ce vaste salon qui nous servait
de chambre à coucher, la nuit venue,
ne possédait, dans un coin, qu’une très
étroite et haute fenêtre qui donnait
sur l’arrière-cour.
Nous étions obligés d’y garder la lumière électrique allumée du matin jusqu’à tard
dans la nuit et cela me déprimait car
j’en souffrais de claustrophobie.
De plus, il m’arrivait souvent d’éprouver un
mal de tête qui m’infligeait des troubles visuels, ceux que je haïssais le plus,
parce que la structure des granulés de
la sciure de bois dont était recouvert
le papier mural blanc apparaissait
beaucoup plus en relief et semblait occasionner une douleur dans mon cerveau. J’avais l’impression d’étouffer et l‘environnement devenait un peu plus
sombre et quelque peu rougeâtre.
Ne pouvant plus le supporter, je m’en
allais le plus souvent, me retirer dans
mon atelier qui était niché près de la
verdure qui longeait le canal.
Chez J., nous n’ouvrions le magasin que
vers onze heures du matin pour ne le
fermer tard le soir, vers 19 heures,
mais il était constamment empli de
visiteurs, des clients, des amis, des
enfants qui venaient jouer avec notre enfant,
si bien que  j’éprouvais du mal à y travailler
et à y fumer tranquillement.
Dans l’immeuble vétuste où je m’étais installé avec mon chevalet, habitaient quelques amis qui étaient presque  tous guitaristes.
Là aussi il y avait un continuel va et
vient d’amis et de voisins qui venaient
pour y passer une partie de la nuit à fumer
ou à boire du vin ou demander un peu
de thé, de sucre, de tabac ou de
n’importe quoi d’autre.
C’était réciproque.
Une nuit, un jeune gars aviné que je ne connaissais  pas vint frapper à ma porte
et, dès que je l’eus ouverte, nasilla :
- Alors, y a pas d’vin dans c’te maison ?
- Ben, non…
- T’as du hachich ?
- Oui, un petit bout.
- Alors amène-le avec toi quand tu
descendras chez nous, on y donne une fête.
- Chez vous ? Où ça ?
- Ah ouais,ben,on est les nouveaux locataires.
- Ah bon !
- Ouais, c’t’au premier étage.
- De quel côté ?
- Tu verras bien, c’est la deuxième porte,
au milieu.

Leur appartement était tout peint en noir,
j’avais l’impression de me trouver chez les pompes funèbres et j’y passai plus d'une
heure à fumer et à boire, à demi-allongé et à observer, ahuri, ces hurluberlus qui  ne cessaient de se déplacer dans l’appartement, toujours en quête de boisson et de
nourriture, en se plaignant que  « les zotr’ tardaient à venir » et que «c’était con,
comme ça, sans aucune fille» et
ne se souvenaient de moi que lorsque
ils quémandaient du vin ou une bouffée
de mon pétard.
A la fin j’en eu assez et je remontai
à mon atelier.

Des choses de ce genre m’arrivaient quand
tout allait plus ou bien moi pour moi. Sinon,
je souffrais les affres du martyre quand je
devenais l’objet de confusion mentale
ou d’hallucinations.
Eprouvé par les tortures mentales que
j’endurais depuis longtemps déjà,
je devins nerveux et colérique. J’eus des
altercations avec J. et l’enfant aussi, je
brisais  une guitare, une télévision, une machine à tricoter, des vitres, fracassé
les vitres de la double-porte
ui donnaient sur notre cour et qui
appartenait à un magasin voisin, parce
que son gérant avait rit à quelque chose
que j’avais vociférée, je fus arrêté par la
police qui me menotta et à laquelle je
donnai deux coups de pieds
dans les jambes : à chaque fois,
 l’un des deux agents avait tiré son
pistolet dirigé ver ma tempe.
La seconde fois, j'avais senti l’odeur
de la poudre et, croyant que l’agent m’avait
logé une  balle dans la tête, je me
demandais pourquoi je ne ressentais pas
de douleur. La seconde fois, il avait
sans doute engagé une balle dans le canon
et le mouvement de la culasse avait éjecté
une odeur  de poudre ultérieurement utilisée.
Ils m’emmenèrent et, en chemin, je perdis
connaissance et ne me réveillai qu’une fois
arrivé à l’hôpital.

On m'avait recousu trois doigts
et mis la main et l’avant-bras dans le plâtre.



Par la suite, je m’absentai de chez J. pendant si
longtemps qu’elle ne crut plus à mon retour et
déclara mon licenciement aux administrations
compétentes : fisc, caisses d’assurance sociale,
de vieillesse etc. si bien que je devins
subitement chômeur. Il me fallut plus de trois mois pour réunir tous les documents que me réclamait de Bureau de main-d’œuvre pour que je puisse percevoir une indemnité de chômage et je vivotais  de petits travaux de peinture en
bâtiment que m’offraient ceux de mes amis
 qui pratiquaient ce métier.
Je disposais de beaucoup de temps libre et
en profitais pour être toujours en chemin, dans
plusieurs quartiers, chez divers amis, dans
plusieurs bistrots, différentes discothèques,
autres genres de drogués, avec des malades,
dans différentes maisons de santé, des doléances variées, des cas de suicide.
J’en éprouvais de l’appréhension pour moi-même, ne parlais pas de mon mal, faisant tout mon possible pour ne pas être cru fou et je me retirais en m’en  allant me promener seul quelque part.  
Il vint un temps durant lequel j’étais presque
constamment hanté par les hallucinations.
Me découvrant soudain, tandis que je marchais
dans la rue, vêtu du harnachement complet d’un chevalier d’antan, l’épée sur le côté,
le panache et la tunique de drap blanc
frémissant dans la brise ou encore, sur la
 rive du canal, survolé par un Ange presque
translucide qui me rappelait : « L’esprit.».
Au bout de cette période, je revenais un jour,
vers le milieu de l’après-midi du centre de la ville à mon atelier, en flânant, sans penser
au motif qui m’y conduisait, moi qui n’avais pas l’habitude de m’y rendre à pareille heure, j’appréciais le temps clément qu’il faisait avec un sentiment de vague à l’âme.
Ce n’est que dans l’escalier que je grimpais
distraitement que je me demandai ce que je
venais au juste faire ici.
J’entrai dans mon appartement et me rendis
dans le salon où j’éclatai en sanglots, tout en
tombant à genoux et en joignant mes mains
devant moi. Puis j’implorai, mon regard comme
transversant le mur et contemplant le ciel :
- S’il Te plaît, Dieu, aide-moi, Tu es Le Seul à pouvoir le faire.
Puis je me tus et,enfin, j’ajoutai:
- S’il Te plaît, Dieu, enseigne-moi une prière,
car je ne sais pas prier.

Quelques jours plus tard, peut-être trois, je revins de nouveau à mon atelier en empruntant la rue qui m’y conduisait et que je parcourais lentement tout en appréciant l’air d’un temps serein avec une sorte de à l’âme. Je ne savais pas au juste pourquoi je m’y rendais en milieu d’après-midi ni ce que j’allai y chercher. Cela se précisa dans mon esprit lorsque, après avoir gravi les étages, je pénétrai dans le salon de mon appartement et avançai lentement vers le centre de la pièce en admettant avec résignation que je n’avais rien à y faire. A ce moment précis parla soudainement une voix qui captiva aussitôt mon attention et je l’écoutai, immobile en scrutant l’espace de la salle. Je vis alors , en plein centre du lieu, une ligne si ténue, qu’elle ressemblait à la coupure d’une lame de rasoir et de cette fente sortaient des petites flèches lumineuses qui sortaient de la bouche de l’être invisible qui parlait. Mon regard tenta de fixer ces fléchettes dans l’espace mais elle s’y dérobaient en montant plus haut que lui et elles s’élevaient au fur et à mesure qu'il les suivit jusqu'au plafond, puis, mon regard, lassé, revint à moi qui gardais un calme serein. Ce que la voix me disait était merveilleux et lorsqu’elle se tut, j’oubliai aussi rapidement qu’elle me quittait tout ce qu’elle avait dit. Encore sous l’effet euphorisant de ce merveilleux évènement je me dirigeai en songeant vers le canapé pour m’y asseoir. Et là, je tentais de me souvenir du sujet merveilleux que je venais d’entendre. Ne trouvant pas, je décidai de passer en revue tous les mots que je connaissais, dans l’ordre alphabétique d’une encyclopédie, dans les quatre langues que je connaissais, durant trois jours et trois nuits, sans cesser de pleurer toutes les larmes de mon corps. Au bout de ces trois jours, un samedi, je dus aller chercher mon indemnité de chômage à la Poste. Sur le Spandauer Damm, j’étais encore si émotionné que j’éclatai en sanglots et pleurai en marchant, des larmes ruisselant sur mon visage. Pendant le temps qui suivit, je retournai toujours à mon atelier, délaissant J. et l’enfant que j’avais cessé de conduire au bord de l‘eau, pour pique-niquer et pêcher pendant le week-end, au bord de la Havel ou de Wannsee. Pour la plupart, je restais seul dans mon atelier, y recevant de temps à autres les amis qui venaient fumer chez moi ou allant rendre visite à ceux d’entre eux qui habitaient dans le même immeuble. Pour parer à la pénurie alimentaire des mornes dimanches, je prenais soin de cuire un petit poulet congelé dans une marmite dans laquelle j’ajoutai le contenu d’un boîte de légumes variés, des condiments et des épices. Le premier de tous les samedis durant lesquels je répétais cette procédure, on frappa à ma porte alors que j’avais déjà préparé la table. C’était un nouveau-venu dans le cercle le plus restreint de mes amis et il était en fait un voleur fraîchement libéré de prison. Il n’avait pas trouvé l’un de nos amis communs qui habitaient dans cet immeuble et avait profité de son passage pour venir me saluer. Surprenant le regard éloquent qu’il jeta sur mon repas, je l’invitai à le partager avec moi et lui servis l’autre moitié de poulet que j’avais laissée dans la marmite. Le samedi suivant, il s’était passé la même chose à la surprise de R.R. Je lui expliquai que j’avais résolu de mes sustenter ainsi tous les samedis et, à partir de ce jour-là, il revint régulièrement à chacun des quelques samedis qui suivirent me saluer en passant. Mais déjà, à chaque fois que je le priai d’entrer, il se dirigeait instinctivement vers la table du déjeuner.




 
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